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Il ne faut jamais cesser la pratique des exercices physiques (Des bambins aux déclinant) Beaucoup seront étonnés lorsqu'ils liront d’une part que nous conseillons aux parents de faire pratiquer aux tout petits la culture physique, et d’autre part que des presque centenaires fréquentent les écoles de culture physique du faubourg Poissonnière. Et pourtant, telle est la vérité qui répond d’ailleurs à l’exacte conception que l’on doit avoir de la culture physique. Si nous n’allons pas jusqu’à formuler une leçon pour ceux qui sont encore dans le sein de leur mère, c’est parce que ces « presque nés » remuent d’eux mêmes, sans qu’on les y invite, pratiquant en quelque sorte un entrainement intra muros. Mais nous ne voyons aucun inconvénient — bien au contraire — à ce que dès 1 an 1/2 les tout petits commencent leur entrainement physique. Il est évident qu’à ce moment il ne saurait être question de leur confier une paire d’haltères ou un tableau de mouvements. C’est le rôle des parents de surveiller attentivement la vie physique des petits êtres et de les aider durant la courte leçon journalière — 5 minutes — (à l’heure du bain), leur apprenant à se baisser, à se relever, à ramener les jambes par-dessus la tête, à s’accroupir, à tourner le buste, etc…

Naturellement ces mouvements doivent être faits très doucement et avec l’aide incessante du papa ou de la maman. En prenant de l’âge, le gamin devra augmenter la durée, puis la difficulté des exercices pratiqués. A notre avis, il devrait toujours effectuer sa leçon matinale, même si à l’école il doit pratiquer à nouveau. Il y aurait simplement lieu d’alléger ou de diminuer les exercices du réveil. Mais cette toilette des muscles nous apparait aussi utile, aussi indispensable que celle de la peau ou des dents. Et nous ne sommes pas du tout persuadés que la culture physique sera de sitôt généralisée à l’école. C’est pourquoi nous sommes partisans de la leçon donnée à la maison sous la direction des parents. Car il ne faut pas attendre les décisions officielles pour chercher à améliorer sa santé. Sache que tout le monde compte sur toi, mais toi ne compte sur personne.

Il faut aider la nature, car dans la vie actuelle, la nature est impuissante, à elle seule, à nous donner des enfants beaux et sains. Trop d’atavismes fâcheux, trop d’habitudes anti-hygiéniques se sont implantés parmi nous, dont nos petits sont les victimes. Aussi ne suffit-il pas de les bien nourrir, de les baigner, de les peser régulièrement. Nous devons leur donner la possibilité de se bien porter plus tard. Pour celà, non seulement la leçon de culture physique est de rigueur chaque jour, mais les jeux sont indispensables. Et les parents qui, confits dans leur paresse physique, ordonnent sans cesse à leur progéniture de ne pas courir, de ne pas sauter, de ne pas s’essouffler, de ne pas se mettre en transpiration, lui rendent le plus mauvais service. Ils font de leurs gamins des ankylosés avant l’âge, des « élèves paresseux physiques ». Qu’on excuse cette expression barbare. Mais elle exprime bien notre pensée. Si dès le jeune âge, les enfants voient réprimer leurs tentatives de mise en action de leur jeune musculature, de leur force naissante, de leur activité physique, ils deviendront vite des êtres amoindris, sans défense contre la maladie, avec une constitution chétive aggravée par des conditions déplorables d’existence. Ils seront encore moins bien portants que leurs parents, car une génération de paresseux, de faibles, se sera ajoutée à celles qui déjà, depuis pas mal de temps, dégénéraient peu à peu.

Reprenons encore une fois, l’exemple des animaux. Ceux qui en ont la possibilité (comme pour les petits des hommes, on bride aussi leurs ébats) courent, sautent, mènent une vie physique des plus actives. Emmenez un chien à la promenade, il va, vient, fait plusieurs fois le même trajet, court après un congénère, se roule avec lui, fait une partie de « bourre ». Regardez un chat, sa souplesse, les bonds qu’il accomplit. Si les hommes sautaient de pareille façon, les records seraient portés à des hauteurs vertigineuses. Voyez les petits canards. A peine nés, ils courent et nagent. Admirons les bêtes, et imitons-les. Comme au temps de La Fontaine, le doux fabuliste, ce sont elles qui nous donnent des leçons. Tirons-en notre profit, pour le plus grand bien de nos propres « poussins ».

Puis, c’est l’école ou le lycée. L’éducation physique y est généralement inexistante, l’hygiène quelconque. Le matériel défectueux cause déjà nombre de déviations corporelles. Les années passent. L’enfant se mue en jeune homme.

L’écolier devient apprenti ou employé : autre stade de la vie. Et tout aussi malsain, si l’on n’y prend garde. Perdu dans un personnel entassé, en des locaux souvent sans air, courbé toute la journée sur des livres ou des dossiers, ou employé toujours à la même partie d’un métier, l’adolescent a peu de chances de trouver dans son labeur le développement physique harmonieux que nous souhaitons pour lui.

La vie s’écoule ; le terme de la croissance est arrivé. Avec ses imperfections physiques, le sédentaire en est à cette période dénommée par euphémisme «la force de l’âge ». A cause de sa paresse physique, il ne reste pas longtemps à ce point. Une lente dégénérescence ne tarde pas à œuvrer sournoisement.

Tantôt c’est l’enveloppe extérieure qui est atteinte : c’est l’obésité ou la maigreur excessive, la colonne vertébrale, les épaules ou les omoplates qui perdent leur ligne. Tantôt c’est l’intérieur qui s’offre en victime : estomac paresseux, intestin rebelle, foie et reins récalcitrants.

L’âge vient et toutes ces misères s’accentuent, malgré les régimes, les remèdes, les cures.

Parfois un sportit, un culturiste ayant conservé le goût des exercices physiques, compris la nécessité de ne pas s’abandonner aux années qui passent, continue à s’entraîner, à se maintenir, à durer, fait l’étonnement de ses proches par sa verdeur et son allant. Mais jusqu’ici ces exemples n’ont pas suffi à inciter la masse à s'instruire et à se cultiver physiquement.

Pourtant, plus le temps fuit, et plus la nécessité inéluctable du mouvement raisonné, de la toilette des muscles et des organes se fait sentir. Il ne faut jamais arrêter un entrainement qui apporte la vigueur et la santé. On doit le modifier, l’adapter aux différents âges, mais non le supprimer. Il est certain que l’entrainement d’un enfant de 3 ans, d’un athlète de 28 et d’un vieillard de 80 ans ne saurait être le même. Mais chaque période de la vie doit avoir sa série d’exercices utilitaires.

Certes, la culture physique n’empêchera pas les gens de mourir. Le moyen de vivre indéfiniment n’est pas trouvé et ne le sera sans doute jamais. Mais l’exercice est la seule manière de prolonger la vie et surtout d’éviter qu’elle soit gâtée par les maladies et les infirmités.

Si peu qu’il ait pénétré parmi les masses, l’exercice a déjà accompli des miracles dans cet ordre d’idées. Il y a 30 ans, un champion abandonnait le sport à 23 ans, considérant sa carrière comme terminée. Maintenant les as de 30 ans et plus ne sont pas rares. Bien mieux même : chaque année des épreuves de vétérans réunissent des footballers de 40 ans, des crossmen et des cyclistes de 40, 50 et 60 ans et plus. Il n’y a pas très longtemps un cross fut organisé pour sportifs de plus de 70 ans. Il y eut 4 participants. Chiffre dérisoire, dira-t-on… Peut-être ; mais c’est déjà quelque chose d’avoir trouvé 4 septuagénaires capables de trotter encore à travers bois. Le doyen, âgé de près de 79 ans, a terminé fort allègrement. C’est un ancien lutteur qui fut un remarquable champion et qui s’est maintenu dans une verdeur magnifique, grâce à un entrainement soutenu.

Voilà tout le secret de la belle vieillesse de certains. Pas d’excès, s’efforcer de pratiquer une vie saine et ne jamais oublier la culture physique quotidienne.

Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, (car le muscle n’a pas d’âge), que ceux qui à un certain moment seraient tentés de s’initier à la culture physique ne se figurent pas qu’il est indispensable de l’avoir pratiquée dès la prime enfance. La volonté et la persévérance permettront, même au débutant tardif, de rattraper, tout au moins en partie, le temps perdu, d’effacer plus ou moins les traces de la vie passée.

Il n’y a pas d’autre solution : ou la santé par l’exercice, ou la vieillesse prématurée et son cortège de maladies pour les paresseux physiques. A chacun de choisir sa voie, car ainsi que l’enseigne le dicton populaire : « Comme on fait son lit, on se couche ». Georges Clémenceau, le grand homme d’état, qui est docteur en médecine accomplit chaque jour une série de culture physique qui lui a été ordonnée et choisie par un professeur de renom, aussi, à 89 ans, le docteur Clémenceau se porte comme un charme et a conservé toute sa lucidité d’esprit.

Les conséquences de la paresse physique

Elles sont incalculables.

Ne pas pouvoir pratiquer comme on le voudrait un métier

Ruine en médecins, pharmaciens, frais de cliniques ou les maisons de santé, la perte de temps résultant des soins que nécessite leur état précaire.

Certains physiologistes prétendent, en s'appuyant sur l’exemple des animaux, que l’être humain devrait vivre environ 5 fois le temps de sa croissance.

L’on peut placer celle-ci, chez l’homme à 25 ans ; nos contemporains devraient donc devenir au moins centenaires, si l’axiome énoncé ci-dessus est exact. On avouera que nous sommes loin du compte. Et aujourd hui quelqu un qui fait preuve d’une pareille longévité est considéré comme un phénomène, et célèbre du jour qu’il passe le cap des 100 ans. Sa photo s’étale dans tous les journaux': c’est qu’il est l’exception, alors qu’il devrait être perdu dans la masse.

Non seulement nous n’arrivons pas à cette vieillesse, qui nous parait aussi inaccessible que l’Eldorado, mais au tiers ou à la moitié de cet âge, foule de ceux qui vivent à notre époque présentent déjà des signes de dégénéreccence nettement accusés.

La vie actuelle en est en partie la cause. C’est le mauvais côté de la civilisation, du progrès qui, apportant de plus grandes commodités, évitant aux gens toute fatigue, tout effort, n’a pas su créer en regard le correctif nécessaire pour remédier par un travail physique approprié, à la paresse résultant de la multiplicité des moyens de transport.

C’est un étonnement profond pour ceux qui ont encore le culte de leur corps, le souci de leur santé et en savent les nécessités, de voir des hommes dans la force de l’âge, prendre un taxi ou le métro pour couvrir quelques centaines de mètres, attendre 1/4 d’heure le passage d’autobus bondés pour ne pas accomplir pédestrement un kilomètre ou deux.

L’exemple nous est fourni journellement de quantités d’individus, se levant le matin à la dernière minute, se nettoyant à la hâte, s’engouffrant dans un véhicule, le quittant pour prendre l’ascenseur afin de gravir deux ou trois étages, soufflant lorsqu’il faut le faire à pied et s’installant dans un fauteuil jusqu’à midi. Là, le voyage inverse est fait dans les mêmes conditions. Et l’on recommence après déjeuner, où l’on mange généralement trop, des mets trop lourds, trop divers, trop abondants, trop épicés.

Certains s’étonnent d’être malades, anémiés ou poussifs, après quelques années d’une vie semblable. Nous nous étonnons, au contraire, que pareilles atteintes portées au corps, ne le blessent pas plus vite. Il faut vraiment qu’il possède des réserves solides pour lutter encore dans des conditions aussi anormales, aussi antihygiéniques.

En fait, le surpoids n’est qu’un tourment récolté sur les coussins des taxis et dans les cages d’ascenseurs. Et comme il ne s’agit plus au XXe siècle de couvrir de longues distances à pied, à cheval ou en canot, comme le temps nous manque pour poursuivre nous mêmes les bêtes servant à notre nourriture, il faut trouver autre chose. C’est la culture physique qui remplacera tous les exercices de nos ancêtres, comme la diligence est remplacée par l’auto, le sabre par l’explosif, et le coureur de Marathon par. la T. S. F. !

(sandow) Il n'y a, je l'affirme, qu'un seul préventif contre la maladie : rendre le corps si fort dans chacune de ses cellules, et développer toutes dans une force si égale et si harmonieuse, qu'elle rende la maladie impossible soit dans le corps lui-même, soit par attaques microbiennes de l'extérieur. J'explique en détail comment cela peut être fait dans ces pages.

L'homme ne meurt pas ; il se tue !

Si l’on regarde autour de soi, dans le modeste cercle de ses relations, on reste effrayé de voir les vides que la mort fait parmi nos contemporains. Des individus dans la force de l’âge et qui semblaient avoir encore de longues années à vivre sont fauchés brusquement par la maladie. Sans cesse on apprend que la tuberculose, la grippe, une rupture d’anévrisme, une congestion, ont emporté des parents, des amis, des voisins que l’on était accoutumé à rencontrer chaque jour. A tel point que, par moments, notre vie semble, comme la voie antique, bordée de tombeaux. Est-ce rationnel que les enfants de vingt ans disparaissent ainsi prématurément?

Est-il naturel que des gens de 30 à 50 ans, qui devraient être en pleine vigueur, soient à la merci de mille maladies ou balayés au cours de la moindre épidémie ?

Et n’y a-t-il rien à faire qu’à se lamenter devant des tombes fraîchement ouvertes, qu’à déplorer ces disparitions souvent imprévues?

L’être humain ne meurt pas. On peut affirmer qu’il se suicide et que soit excès, soit simplement la paresse physique facilitée par une civilisation qui tend chaque jour d'avantage à nous éviter tout effort musculaire, contribuent grandement à hâter sa fin.

Quelle grossière erreur de croire que nous pouvons vivre sans exercice,Bque nous devons tout faire pour l’éviter ! C’est au contraire la base de la santé. L’exemple des chiens le prouve. A la campagne ces animaux qui vont et viennent, n’ont qu’une nourriture assez frugale, se portent à merveille.

Toujours courant et bondissant, ce sont de beaux échantillons de force etbd’adresse physique, d'une activité incessante. A la ville, leurs congénères,Bchambrés, bourrés de viande, de sucreries, perdent leurs qualités natives et en échange acquièrent les maladies de l’homme.

Et cette paresse physique des êtres humains est encore aggravée par un régime alimentaire souvent déplorable, des conditions de vie anti-hygiéniques au premier chef. C’est une véritable antienne maintenant pour certaines gens — la majorité ou presque — de se plaindre sans cesse de la température ; on gémit à la moindre intempérie. On craint à la fois la pluie et le soleil, la fraîcheur et la chaleur, le brouillard et la sécheresse. Dès les premiers rayons printaniers on calfeutre son logis. Qu’importe que les microbes vivent ?

Phébus pourrait faire passer la teinte des rideaux et des papiers… (Quelle différence avec les culturistes dont la devise est : il fait toujours beau !)

On ne sort plus quand il fait chaud pour ne pas transpirer, parce que le soleil donne mal à la tête. Quand il pleut, on craint de se mouiller ou de s’enrhumer.

Comment s’étonner après cela d’être la proie de tant d’affections qui ne sont que des maladies de la paresse et de la mauvaise hygiène.

Comment remédier à celà ? Est-il possible de revenir en arrière, de supprimer le métro, les ascenseurs, les taxis, les chemins de fer ? Que non pas !

Il s'agit simplement de pratiquer un exercice de remplacement.

Nous le pouvons d’autant mieux, d’autant plus facilement, que les travaux de nos maîtres ont mis la culture physique à la portée de tous, l’ont rendue scientifique. Ce n’est plus l’exercice quelconque, que l’on conseillait à tout hasard, comme on indique un sirop ou une potion sans trop croire à son efficacité ; ce n’est plus le vague moyen de se remuer, jardinage ou promenade.

Non, l’exercice dosé, méthodique et raisonné a un but précis, un double but plutôt : modeler l’enveloppe corporelle et intervenir heureusement dans le fonctionnement des principaux organes.

Par un simple entraînement journalier de 20 minutes, tous les muscles du corps humain sont passés en revue, nettoyés, entraînés, développés, raffermis.

Par l’action même de l’exercice, la respiration est activée, amplifiée. Les poumons en profitent, se fortifient également, car ils se dilatent complètement.

De la sorte, plus de ces alvéoles que l’air ne visite jamais, plus de ces surfaces pulmonaires dont la majeure partie reste inemployée. Plus de possibilité de laisser se constituer ces cavernes, signes de la terrible maladie qu’est la tuberculose, épouvantail des parents, même profitant de l’afflux de l’air, le sang est vivifié, les globules rouges augmentent et tout le corps est arrosé d’un liquide en meilleur état, plus puissant, capable de nourrir plus généreusement toute la musculature. Et la gymnastique abdominale, par le massage qu’elle exerce sur les organes aussi importants que l’estomac, le foie, l’intestin, les reins, les aide aussi grandement à accomplir plus activement leur travail. La culture physique n’est plus maintenant une question de biceps ou de mollets. C’est la nécessité inéluctable, la fontaine de Jouvence pour ceux qui ne veulent pas mourir prématurément, qui ne veulent pas mener une existence lamentable, sous le cache-nez, tiraillés entre le pharmacien et le médecin, parmi les fioles et les pilules. C’est le seul moyen d’être sain et robuste dans une société où tout s’acharne contre notre santé. Car s’il est impossible — et inutile — de transformer les faibles en hercules, il est aisé de se bien porter, et grâce à un léger exercice de conserver jusqu’à une vieillesse avancée, une souplesse et une force suffisantes pour que la vie ne soit pas un fardeau. N’avions-nousfpas raison de dire au début de ce chapitre que l’homme se tuait par paresse physique ? Les moyens de vivre en bonne santé sont à la portée de sa main, et jusqu’ici presque tous refusent d’en profiter.

La culture physique peut se pratiquer seule. Elle offre tant d’avantages, tant de facilité d’exécution que l’on est en droit de s’étonner que l’Etat ne l’ait pas rendue obligatoire et que les médecins n’en font pas leur principal auxiliaire.

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