Le conte du Moineau au nid coupé (*Shitakiri Suzume* / 舌切り雀) est l'un des cinq grands contes traditionnels les plus célèbres du Japon. Issu de la tradition orale bouddhiste et shintoïste, il explore de manière très imagée les thèmes du karma, de la cupidité et de la bonté. Voici le résumé de cette célèbre légende : ### Le bon vieil homme et le moineau Il était une fois un vieux couple de paysans. Le vieil homme était doux, travailleur et aimait profondément les animaux. Un jour, il recueille dans la forêt un petit moineau blessé. Il le ramène chez lui, le soigne avec amour et le nourrit chaque jour. Le petit oiseau, guéri, devient le compagnon fidèle du vieil homme, ce qui rend ce dernier très heureux. Cependant, sa femme est une femme acariâtre, jalouse et terriblement avare. Elle ne supporte pas que son mari “gâche” de la nourriture pour un simple oiseau. ### Le crime de la vieille femme Un jour, alors que le vieil homme est parti travailler dans la montagne, la vieille femme prépare de l'amidon de riz (une colle traditionnelle) pour son linge et le laisse refroidir. Attiré par l'odeur, le petit moineau s'approche et picore un peu de colle. En découvrant cela, la vieille femme entre dans une rage folle. Elle attrape le pauvre oiseau, saisit une paire de ciseaux et lui coupe le bout de la langue en criant :

*“Puisque tu as utilisé ta langue pour voler ma colle, tu n'en auras plus besoin !”*

Terrifié et blessé, le moineau s'enfuit à tire d'aile vers la forêt. ### La quête et l'auberge des moineaux À son retour, le vieil homme apprend le geste cruel de sa femme. Le cœur brisé, il décide de partir immédiatement à la recherche de son petit compagnon. Il marche des jours entiers dans les bois en appelant : *“Où es-tu, mon petit moineau au nid coupé ?”* Il finit par arriver dans une clairière cachée où se dresse une magnifique demeure : c'est l'Auberge des Moineaux. Là, les oiseaux vivent comme des humains. À sa grande joie, son petit moineau est là, guéri (sa langue a repoussé par magie). Pour remercier le vieil homme de sa gentillesse passée, les moineaux organisent une immense fête en son honneur, avec des danses traditionnelles et un banquet royal. ### Le choix des paniers Au moment du départ, le moineau offre un cadeau d'adieu au vieil homme. Il lui présente deux paniers tressés en osier (*tsuzura*) : * Un panier très grand et lourd. * Un panier tout petit et léger. Le vieil homme, modeste et pensant à ses vieux os fatigués, choisit le petit panier léger, remercie ses hôtes et rentre chez lui. Lorsqu'il l'ouvre avec sa femme, ils découvrent avec stupéfaction que le panier est rempli à ras bord d'or, de bijoux, de soie et de pierres précieuses. Le vieil homme est riche. ### La punition de la vieille avare En voyant cette fortune, la vieille femme ne ressent aucune gratitude, seulement de la cupidité. *“Si le petit panier contenait autant de trésors, imagine ce qu'il y a dans le grand !”* s'exclame-t-elle. Le lendemain, sans attendre, elle court à travers la forêt, trouve l'Auberge des Moineaux et exige son cadeau. Les moineaux, polis, lui présentent à leur tour les deux paniers. Sans surprise, la vieille s'empare du grand panier lourd et repart en courant, refusant même l'aide des oiseaux pour le porter. Les moineaux l'avaient prévenue : *« N'ouvre le panier qu'une fois arrivée chez toi. »* Mais dévorée par la curiosité et l'impatience, elle s'arrête au milieu du chemin forestier et soulève le couvercle. Au lieu d'or, le panier libère une nuée de créatures cauchemardesques : des Oni (démons), des serpents venimeux, des araignées géantes et des esprits effrayants (*Yōkai*). Les monstres se jettent sur elle. Selon les versions du conte, la vieille femme meurt de peur (ou dévorée), ou bien elle réussit à s'enfuir et, profondément repentie, devient une femme douce et honnête pour le reste de ses jours. ### La morale du conte Ce conte est l'équivalent japonais direct de fables occidentales comme *Les Fées* de Charles Perrault. Il illustre parfaitement le concept bouddhiste du Karma : la bonté désintéressée mène à la prospérité spirituelle et matérielle, tandis que l'avidité, la méchanceté et la jalousie mènent inévitablement à la destruction.

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