CHAPITRE XI. — LA TIMIDITÉ. Inconvénients. Parfois elle provoque l'indulgence. -La guérison d'un défaut. L'action des parents. Timides et poseurs. Timidité simulée. Un effort de volonté. Une timidité exagérée est incontestablement pour un candidat une cause de faiblesse. Le jeune homme timide qui se trouve tout à coup au milieu de personnes qui lui sont inconnues, en face d'examinateurs dont il s'est exagéré la sévérité, en présence d'un public qui lui est étranger et dont il redoute les appréciations; ce jeune homme ressent une émotion dont il ne peut se rendre maître, se trouble, entend mal les questions qu'on lui pose, s'embrouille dans ses réponses, balbutie, se trompera dans ses calculs au tableau, et perdant la mémoire et le raisonnement pourra être refusé malgré un savoir incontestable. La timidité est un défaut, un état de l'esprit qui ne peut être modifié du jour au lendemain, mais qui, cependant, peut se transformer graduellement à la suite d'une sorte de traitement moral, auquel doit se soumettre le jeune homme timide et auquel doivent participer ses amis, ses parents, ceux qui vivent avec lui. Ce traitement consiste en somme, comme on le sait, à exercer l'individu timide à avoir peu à peu confiance en lui-même. C'est surtout pour les jeunes gens timides qu'il est indispensable de s'aguerrir au point de vue des interrogations, par des examens d'essais souvent répétés et par la fréquentation assidue des salles d'examens où ils auront à se présenter dans un avenir prochain. Notons cependant que parfois un peu de timidité ne nuit pas au candidat et les examinateurs sont beaucoup plus indulgents pour un jeune homme un peu timide, que pour un candidat semblant fanfaron, ou trop sur de lui- même. Voici à ce sujet une anecdote que l'on attribue à Gambetta: « Sur les bancs du collège le futur tribun s'était lié d'amitié avec un de ses compatriotes assez intelligent, mais cancre de la plus belle eau. Si cancre qu'il refusait d'essayer de doubler le cap du baccalauréat. Gambetta lui remonta le moral. Tu seras à côté de moi, lui dit-il ; une heure me suffit pour ma composition écrite, et en vingt minutes, je bâclerai la tienne. - Oui, mais l'épreuve orale ? - Ne crains rien; mais, d'abord, rase-moi cette moustache qui te donne l'air casse-assiettes; enlève-moi aussi cette culotte de gandin et fais-moi le plaisir de mettre un pantalon de l'année dernière… court, beaucoup trop court… Maintenant, laisse les bras ballants, affecte un air assez godiche et suis-moi. Et il le conduit dans cet accoutrement chez le doyen, auquel il explique le plus gravement du monde que son ami, excellent élève, n'ose pas se présenter à cause d'une timidité insurmontable. Tel fut son aplomb, telle sa force d'éloquence persuasive, que le doyen se laissa prendre à cette comédie et ne posa au candidat que des questions extrêmement faciles qui lui permirent d'obtenir le fameux diplôme qu'il n'avait jamais osé entrevoir, dans ses rêves. »

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  • Dernière modification : 2025/12/31 19:28
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