Jeûne sec
Le jeûne est la privation, volontaire ou non, de nourriture, accompagnée ou pas d'une privation de boisson. Le jeûne partiel fait partie intégrante de la pratique de certaines religions (carême, ramadan, etc.).
D'un point de vue médical et physiologique, on considère que la période de jeûne commence à partir de la sixième heure après le dernier repas. Le jeûne met en marche des mécanismes d'adaptations physiologiques qui sont l'héritage du lent processus de l'évolution.
Diverses expériences ont montré sur le modèle animal qu'une restriction alimentaire non excessive prolonge la durée de vie de nombreuses espèces (souris, rat, singe rhésus). Une étude publiée dans Nature en 2016 a aussi montré que ce jeûne s'accompagne d'une diminution des dommages à l'ADN. Sur une période courte, le jeûne intermittent permet une perte de poids et de masse grasse similaire à la restriction calorique ainsi qu'une augmentation de la sensibilité à l'insuline.
En France, le réseau NACRe publie en 2017 avec l'Institut National du Cancer une revue systématique analysant l'ensemble de la littérature scientifique sur le sujet et conclut en une absence de preuve d'un effet du jeûne chez l'être humain (bénéfique ou délétère) en prévention ou pendant un cancer.
L'adaptation et la résistance au jeûne prolongé observées chez l'humain, mais également chez certains oiseaux (migrateurs, manchots), ont été modelées par l'histoire de l'évolution.
La faculté de stocker des réserves avec un maximum d'efficacité, conjuguée à l'utilisation très efficiente de ces substrats, a permis à l’humain de survivre et même de se développer dans des conditions très peu favorables du point de vue alimentaire, ceci jusqu'à une période très récente de l'histoire en Europe, mais encore actuellement dans de nombreux pays en voie de développement.
Cependant une privation protéino-énergétique soutenue entraîne une sensibilité aux infections liée à l'altération des défenses immunitaires, et peut finalement aboutir à la mort. Classiquement, on considère qu'une réduction de 50 % de la masse protéique est incompatible avec la vie.
Le docteur Otto Buchinger a été le premier scientifique d'Europe de l'Ouest à s'intéresser à ce sujet, bien qu'en URSS de nombreuses études scientifiques aient été conduites depuis quarante ans, mais n'ont jamais été traduites et sont restées méconnues en occident. Ces études auraient montré des améliorations remarquables dans certaines affections telles que le diabète sucré, la polyarthrite rhumatoïde et d'autres rhumatismes, l'hypertension artérielle (HTA), l'asthme, l'insuffisance cardiaque ou l'allergie. « Le jeûne stimulerait les forces curatives de l'organisme ».
Dans son rapport de 2017 analysant l'ensemble de la littérature scientifique sur le sujet, le Réseau national alimentation cancer recherche (NACRe) conclut :
« L'examen de l'ensemble des données scientifiques concernant le jeûne et les régimes restrictifs, issues de nombreuses études expérimentales chez l'animal et des quelques études épidémiologiques et cliniques disponibles actuellement, n'apporte pas la preuve d'un effet (bénéfique ou délétère) chez l'Homme en prévention primaire ou pendant la maladie (qu'il s'agisse d'un effet curatif ou d'une interaction avec les traitements anticancéreux). »
— Jeûne, régimes restrictifs et cancer : revue systématique des données scientifiques et analyse socio-anthropologique sur la place du jeûne en France[5]
Les cures de jeûne sont remboursées dans certains pays[Lesquels ?], comme parfois en Allemagne[10], mais la recherche dans ce domaine bénéficie de peu de subventions[8]. PhysiopathologieModifier Physiologie du jeûne totalModifier Structure du D-glucose. Métabolisme.
Durant un jeûne total, seules les pertes hydriques sont compensées[11]. Il n'y a pas d'absorption de nutriments capables d'être utilisés ou stockés. L'organisme utilise alors le glycogène contenu dans le foie et les muscles, le décompose et libère le glucose ainsi transformé dans la circulation sanguine. La néoglucogenèse, stimulée par le glucagon et le cortisol, est primordiale pour le maintien de la concentration normale de glucose dans le sang entre les repas. Cette concentration doit rester suffisante car le cerveau ne peut utiliser qu'entre 70 % et 75 % de corps cétoniques en termes d'apports énergétiques, le reste devant être fourni par du glucose pour son métabolisme et il ne peut pas stocker de glycogène[12].
Les lipides circulent sous forme d'acides gras libres, ils sont stockés sous forme de triglycérides dans le tissu adipeux, constituent 77 % du contenu total en énergie (en kilocalories). C'est le principal réservoir d'énergie et la principale source d'énergie durant le jeûne[13].
Les protéines, circulant sous forme d'acides aminés, sont stockées dans les muscles et constituent 22 % de l'énergie totale du corps (en équivalent en kilocalories). Source de glucose pour le cerveau pendant le jeûne, ils sont utilisés en dernier recours, une fois les autres stocks d'énergie épuisés. Ces stocks sont inutilisables en totalité car des anomalies mortelles apparaissent avant l'épuisement du stock[13].
L'insuline et le glucagon sont les principaux facteurs hormonaux dont dépendent les aller et retours entre l'anabolisme et le catabolisme, mais l'adrénaline, le cortisol et l'hormone de croissance sont également impliqués dans le métabolisme des nutriments. Phases du jeûne totalModifier Jeûne immédiatModifier
Il se produit dès l'absence de prise alimentaire dans les douze heures suivant le dernier repas, habituellement entre le dernier repas du soir et le petit-déjeuner du lendemain. La sécrétion d'insuline diminue, tandis que celle de glucagon augmente. Ce jeu hormonal entraîne une stimulation de la lipolyse et de l'oxydation des acides gras, puis une cétogenèse. Afin de maintenir la glycémie, la glycogénolyse est stimulée, de manière exclusive. Les trois phases du jeûneModifier
Le jeûne est classiquement divisé en trois phases successives. Les phases I et II correspondent à la mise en place des mécanismes d'épargne protéique en rapport avec l'augmentation progressive et soutenue de l'utilisation des acides gras et des corps cétoniques comme substrats énergétiques.
Jeûne court :
la première phase est la « phase de jeûne court » correspondant à une absence de prise alimentaire d'une durée allant de douze heures à trois ou quatre jours. L'épuisement des réserves de glycogène entraîne une baisse de la glycémie indispensable au cerveau. La seule source de glucose de l'organisme devient la néoglucogenèse. Il est toutefois clair que cette situation ne peut perdurer, la fonte protéique étant trop rapide et incompatible avec une survie prolongée. Une adaptation visant cette fois-ci à économiser des protéines, et non plus seulement à fournir du glucose, va donc devoir entrer en jeu au cours du jeûne prolongé par le biais. Bien sûr la transition est progressive, et on assiste ainsi à une diminution régulière de la concentration du glucose, de son renouvellement ainsi que de la concentration plasmatique des acides aminés gluconéogéniques (acides aminés capables de fournir du glucose)[14].
Jeûne prolongé :
la seconde phase est le « jeûne prolongé ». Cette phase commence vers le 5e ou 7e jour de jeûne et peut durer plusieurs semaines. Cette phase se caractérise par une perte protéique beaucoup moins marquée (de l'ordre de 4 g d'azote/jour vers la 2e semaine) et stable. La principale modification est l'élévation importante de la concentration plasmatique des corps cétoniques. Du fait de cette élévation, le cerveau oxyde beaucoup moins de glucose, ce qui ne rend plus indispensable le maintien d'une intense gluconéogenèse hépatique et rénale à partir des acides aminés musculaires. Ceci entraîne une diminution de la protéolyse (en particulier la production de glutamine et d'alanine) et permet l'épargne protéique. La réduction de la protéolyse musculaire et la stabilité de la protéosynthèse permettent un maintien (ou une décroissance plus lente) de la masse protéique musculaire. Cette épargne protéique relative permet donc une survie prolongée. Son mécanisme reste cependant mystérieux[14].
Phase terminale :
la phase III ou terminale (ou la limite de l'adaptation au jeûne) : cette phase terminale n’a été étudiée que chez l'animal et tout particulièrement chez le manchot empereur, notamment par Yvon Le Maho. Le passage à cette dernière phase du jeûne est marqué par un net contraste : les taux plasmatiques d'acides gras et de corps cétoniques s'effondrent, tandis que la glycémie s'élève, et le catabolisme protéique augmente de façon importante pour la néoglucogenèse. Le passage à cette troisième phase de jeûne avec augmentation de la mobilisation des protéines survient alors qu'il reste environ 20 % des réserves lipidiques, contredisant largement l'idée d'une phase irréversible. Néanmoins si cette troisième phase n'est pas irréversible, elle n'en est pas moins limitée à brève échéance[15]. C'est la consommation des protéines durant cette phase qui est responsable d'une forte morbidité et mortalité. Le cas particulier des animaux obèses a été étudié et amène à des constations très surprenantes : ces animaux obèses n'entrent pas en phase terminale, ils gardent en permanence un comportement d'épargne protéique. « Du fait de leurs réserves lipidiques considérables, ils jeûnent beaucoup plus longtemps mais arrivent in fine à une déplétion protéique beaucoup plus marquée que chez les animaux maigres. À la fin du jeûne (à la mort), les animaux maigres ont perdu 98 % de leurs réserves lipidiques et 29 % de leurs protéines totales, tandis que les animaux obèses n'ont perdu « que » 82 % de leur réserve lipidique et 57 % de leurs protéines corporelles. Si les réserves lipidiques représentent le facteur limitant de la durée du jeûne chez le sujet mince, ce sont les réserves protéiques qui représentent le réel facteur limitant de la durée du jeûne chez l'obèse, l'observation des réserves lipidiques pouvant être particulièrement trompeuse »[15]. Limites et dangerositéModifier
Un adulte de 1,70 m, pesant 70 kg, possède environ 15 kg de réserve de graisse, de quoi tenir, s'il est en bonne santé, une quarantaine de jours de jeûne[réf. nécessaire][16]. Mais au-delà, la poursuite du jeûne consomme les protéines du corps. L'organisme catabolyse certains acides aminés qui peuvent être convertis en glucose au cours de la néoglucogenèse pour approvisionner le cerveau. Or les protéines sont stockées dans les muscles (dont le cœur)[17].
Un suivi médical est vital à partir de la 4e semaine, suivant l'état de santé, les conditions du jeûne et la nature des réserves au départ.
Comme en témoigne l'histoire de 9 détenus de la prison de Cork (Irlande) en 1920, dont le jeûne a duré 94 jours[18] ; l'organisme humain, jeune et en bonne santé, peut arriver à supporter un jeûne total (mais n'excluant pas la prise de liquides), non sans séquelles, pendant une période pouvant aller jusqu'à trois mois. Lors de la Grève de la faim irlandaise de 1981, Bobby Sands est mort après 66 jours de jeûne, là ou Kieran Doherty est mort après 73 jours.
Exprimée en terme d'indice de masse corporelle (IMC), une valeur inférieure de 12 à 13 kg·m-2 est en principe synonyme de mort, bien que des récupérations aient été décrites chez des patients adultes jeunes dénutris présentant des IMC de l'ordre de 8 à 9 kg·m-2 [7]. Un jeûne prolongé au-delà d'une certaine durée provoque immanquablement la mort. Cette durée varie selon les individus, et peut atteindre plus de 85 jours[19].
« Dans les limites définies (jeûne inférieur à trois semaines chez une personne de corpulence normale) le jeûne ne présente pas de danger[8][réf. nécessaire]. »
Angus Barbieri, un homme en situation d'obésité morbide de 27 ans, a effectué un jeûne de 382 jours avec succès[20], des suppléments vitaminiques et en minéraux ayant été apportés en compléments durant ce jeûne. Le patient avant le début de l'étude pesait 206 kg (456 lb), tandis qu'à la fin de l'étude, il en pesait 81 kg (180 lb). Cinq ans après son jeûne, le patient pesait 89 kg (196 lb). Modèles animauxModifier
Les animaux malades, blessés ou en hibernation réduisent leurs apports en nourriture[21][réf. souhaitée]. Le jeûne est indispensable à la survie en cas de pénurie ou de famine. Les morses jeûnent en période de reproduction alors qu'ils défendent leur territoire et leurs femelles. Les poussins jeûnent sans boire trois jours après éclosion. Les homards jeûnent quand ils muent. Les manchots mâles, qui protègent leur œuf du froid en le portant sur leurs pieds, jeûnent jusqu'à l'éclosion des petits et la prise en charge de ceux-ci par leur compagne. Les animaux qui pratiquent l'hibernation jeûnent de facto pendant cette période de faible activité.
Pendant le jeûne des rats, l’intestin grêle évolue en quatre phases[22] :
en quelques heures, phase 1, la perte de masse est due aux selles et à l’utilisation des réserves glucidiques ; le début de jeûne ou le jeûne court, phase 2, atrophie l'épithélium et mobilise 75 % des réserves lipidiques, ce qui épargnerait les protéines. Les cellules prolifèrent et migrent moins. La perte de masse est constante ; ensuite commence le jeûne prolongé, phase 3, les protéines fournissent une grande part de l'énergie et la synthèse protéique est réduite. Les cellules prolifèrent et migrent plus, et l’apoptose s'arrête (par baisse des cytokines et du facteur de transcription Cdx2). Le catabolisme protéique augmente. Les transporteurs actifs PepT1 (peptide transporter 1) et SGLT1 préparent la réalimentation. La perte de masse augmente brusquement ; après réalimentation, phase 4, l’épithélium se restaure en 3 jours que le jeûne soit court ou long. La réalimentation stimule les transporteurs GLUT5, GLUT2 (de l'anglais glucose transporter) et FATP4 ; l'épuisement critique des réserves énergétiques provoquerait l'optimisation de l’absorption des nutriments.
Une expérimentation, sur des rats, du type de jeûne « intermittent à long terme » (jeûnes de 3 jours avec reprise alimentaire progressive sur 3 jours, espacés de 48 jours, huit fois de suite)[23] montrerait que ce type de jeûne favorise dans la graisse blanche :
le dépôt de triacylglycérol dans les adipocytes, malgré l'apport calorique réduit ; une expression accrue du gène FSP27 (fat-specific protein), ainsi que de PPARγ2 et C/EBPα (CCAAT enhancer-binding proteins alpha), et une augmentation de l'insuline ;
et que d'autres types de jeûnes n'ont pas cet effet : restriction calorique de 48 jours, ou un seul jeûne de 3 jours, avec ou sans reprise progressive de 3 jours.
Des rats Zucker maigres et obèses ont été soumis à 14 heures de jeûne et à une exposition au froid de leurs tissus adipeux, ce qui montrerait[24] que l'exposition au froid augmente l'expression de l'ATGL et améliore sa régulation par le jeûne dans le tissu adipeux des rats maigres. Chez les rats obèses, l'exposition au froid augmente aussi l'expression de l'ATGL mais ne parvient pas à améliorer sa régulation par le jeûne, ce qui pourrait contribuer à une difficulté accrue pour la mobilisation des lipides des rats maigres. Neurologie et psychiatrie Jeûne en médecine Jeûne religieux et philosophique Jeûne politique Jeûne climatique Bibliographie Notes et références Voir aussi Dernière modification il y a 4 jours par Copper Lebrun Pages associées
Carême
période chrétienne de jeûne et d'abstinence s'étendant sur quarante jours Abstinence
renoncement volontaire et durable à la satisfaction d'un appétit ou d'une envie Carême du rite byzantin
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