Le conte auquel vous pensez est un grand classique des histoires d'humour traditionnelles japonaises (les *kobanishi* ou récits de *rakugo*). Il met en scène une confrontation pleine d'esprit entre un aubergiste cupide et un étudiant (ou un artisan) pauvre mais malin. Voici le résumé de cette histoire savoureuse : ### L'odeur du poisson grillé Un jeune étudiant très pauvre loue une petite chambre misérable juste à côté d'une gargote (une petite auberge). N'ayant pas un sou pour s'acheter de la nourriture de qualité, il mange chaque jour un simple bol de riz blanc nature. Cependant, le propriétaire de la gargote cuisine régulièrement de délicieuses anguilles et des poissons grillés. L'odeur parfumée traverse la cloison et chatouille les narines de l'étudiant. Pour rendre son repas plus agréable, le jeune homme s'assoit près de la fenêtre, respire profondément les effluves de poisson grillé, et avale son riz nature en s'imaginant manger un festin. ### L'addition absurde L'aubergiste, qui est un homme profondément avare et désagréable, remarque le manège de l'étudiant. Furieux à l'idée que quelqu'un profite de sa cuisine sans payer, il décide de lui donner une leçon. À la fin du mois, l'aubergiste se présente chez l'étudiant et lui tend une note d'honoraires officielle. Étonné, le jeune homme lit le papier : l'aubergiste lui réclame une somme d'argent importante pour “l'utilisation quotidienne de l'odeur de sa cuisine”. L'étudiant, loin de se démonter, garde son calme et répond :

*“C'est tout à fait juste. Votre poisson sentait divinement bon, et il a donné du goût à mon riz. Je reconnais ma dette.”*

### Le paiement en musique Le jeune homme plonge alors la main dans sa poche et en sort ses quelques maigres pièces de monnaie. L'aubergiste sourit, tendant déjà sa main avide pour récupérer l'argent. Mais au lieu de lui donner les pièces, l'étudiant les prend dans ses deux mains fermées et les secoue vigoureusement près de l'oreille de l'aubergiste. Les pièces s'entrechoquent dans un tintement métallique bien net : *clink, clink, clink*. L'aubergiste, impatient, s'énerve :

*“Qu'est-ce que tu fais ? Donne-moi cet argent !”*

L'étudiant remet calmement les pièces dans sa poche, sourit et répond :

*“Mais voilà, c'est payé ! Tu m'as vendu l'odeur de ton poisson, je t'ai payé avec le son de mon argent. Nous sommes quittes.”*

L'aubergiste, pris à son propre piège et ridiculisé par l'esprit logique de l'étudiant, n'a d'autre choix que de repartir les mains vides sous les rires des voisins. ### Une anecdote culturelle Cette histoire est si universelle qu'on la retrouve dans plusieurs cultures à travers le monde. En Occident, on l'associe souvent à une aventure du personnage de Nasreddin Hodja au Moyen-Orient, ou à un jugement du personnage de Panurge dans l'œuvre de Rabelais (*Le Tiers Livre*), où un rôtisseur parisien veut faire payer un pauvre bougre pour l'odeur de son rôt, et où un fou règle le litige en faisant tinter une pièce sur une table.

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  • Dernière modification : 2026/06/13 09:35
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