Les jeux de mots tournant autour des lectures diverses et variées des chiffres (goro awase) japonais font partie intégrante de la vie quotidienne des habitants de l’Archipel. Les multiples prononciations des idéogrammes correspondant aux nombres de zéro à neuf permettent en effet de créer des mnémoniques faciles à retenir. Le chiffre deux peut ainsi se lire fu ou ni, et même tsu en référence au mot anglais two. Il suffit donc d’un peu d’imagination pour inventer toutes sortes de petites formules très pratiques qui facilitent grandement le travail de la mémoire. 

Les multiples lectures des chiffres de 0 à 9 1 ichi, i, hitotsu, hito 2 ni, futatsu, futa, fu, tsu 3 san, sa, mitsu, mittsu, mi 4 yon, yo, yotsu, yottsu, shi 5 go, ko, itsu, itsutsu 6 roku, ro, mutsu, muttsu, mu 7 shichi, nanatsu, nana, na 8 hachi, ha, pa, yatsu, yattsu, ya 9 kyû, ku, kokonotsu, kono, ko 0 rei, re, zero, maru, o, ô D’un « bon pays » à une « bonne boîte » La technique du goro awase est particulièrement efficace pour mémoriser les dates correspondant à des événements historiques importants. Elle a donné lieu à des associations d’idées pour le moins amusantes telle que igo yosan ga fueta (littéralement : « dès lors, les budgets ont augmenté ») qui évoque l’introduction des armes à feu au Japon, en 1543. Dans ce contexte, i correspond au chiffre 1, go à 5, yo à 4 et san à 3. Dans d’autres cas, ces formules sibyllines ont une connotation nettement plus poétique. Naku yo uguisu – littéralement : « un rossignol chante » – permet ainsi de se souvenir que c’est en 794 qu’a été fondée Heian-kyô, la capitale du Japon qui a pris par la suite le nom de Kyoto. Na équivaut à 7, ku à 9 et yo à 4.

Il existe parfois plusieurs mnémoniques pour une seule et même date, notamment 1603 où Tokugawa Ieyasu (1543-1616) a instauré le shogounat d’Edo (1603-1868). Le premier a la forme d’un poème de dix-sept syllabes (haïku). Bakufu deki / hitomure sawagu / Edo no machi (Le gouvernement militaire est constitué / la foule manifeste bruyamment / dans la ville d’Edo). La date est indiquée par les syllabes hito (1), mu (6), re (0) sa (3) situées au milieu du poème. La seconde formule est beaucoup plus prosaïque puisqu’elle se limite à hiirô ossan – hii (1), rô (6), o (0), san (3) – c’est-à-dire « le vieux héros ».

Un des mnémoniques historiques japonais les plus célèbres n’est autre qu’ii kuni tsukurô, c’est-à-dire « Bâtissons un bon pays », qui fait référence à l’année 1192, date de la création du shogounat de Kamakura (1185-1333). Malheureusement, les historiens et les manuels scolaires les plus récents considèrent que la période de Kamakura a débuté en 1185. Les étudiants de l’Archipel ont donc dû se rabattre sur une nouvelle phrase – ii hako tsukurô, « Fabriquons une bonne boîte » – légèrement différente de la précédente mais beaucoup moins séduisante.

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  • Dernière modification : 2025/12/31 19:28
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