Emploi
Un métier corporel ne peut remplacer la culture physique
Nous venons de voir que nombre de nos contemporains sont des paresseux physiques invétérés et victimes de maladies, dites de sédentarisme parce qu’inconscients des nécessités de l’individu.
Les travailleurs manuels croient être à l’abri de ces maux. Nous allons montrer qu’ils n’en sont pas préservés par leur métier, si dur soit-il.
De fait, l’on trouve également parmi eux des obèses, des constipés, des musculatures plus ou moins atrophiées, etc… Ceci s’explique aisément. La profession exercée ne saurait poursuivre qu’un seul but : pourvoir à la subsistance de l’individu. C’est cela, et cela seul qui compte. Sous peine de diminuer son rendement et par voie de conséquence son salaire, l’ouvrier doit apporter tous ses efforts à accomplir le plus rapidement possible le travail qui lui est confié. Aussi est-il amené, sans s’en apercevoir, à intéresser quelques muscles seulement au labeur qui lui est dévolu. Cette partie de son corps s’adapte à l’effort à fournir, etïort toujours semblable, car c’est de la répétition continue que dépendent l’habileté et la rapidité du rendement.
Préoccupé d’assurer un niveau normal à son salaire, il ne saurait, au cours de sa journée, s’arrêter pour penser au développement de sa musculature entière, et modifier le travail parfois excessif donné à certains faisceaux musculaires, tandis que d’autres restent inactifs. On voit mal, à la vérité, un manuel se préoccupant de raboter tantôt d’une main, tantôt de l’autre, et intercalant dans son etfort des mouvements d’assouplissement ou des flexions s’il est appelé à river une pièce sur un châssis ou à tarauder un tuyau. D’autre part, avec le développement actuel du machinisme, l’ouvrier le plus qualifié s’éloigne de plus en plus de l’artisan de jadis. Il n’a plus à accomplir qu’une part infime de son métier. Que ce soit une voiture, un meuble ou un vélo, il sera sa vie durant attaché à oeuvrer sur un morceau, toujours le même, qui viendra se joindre à ceux que font ses compagnons d’atelier. Et certaines de ces fonctions, quoique manuelles se rapprochent énormément du travail des employés, tant la dépense physique nécessitée est infime.
Dans nombre de corporations, on pourrait presque poser l’axiome suivant:
En raison du peu d’effort physique à déployer, l’ouvrier n’est plus un manuel ».
On le voit, l’ouvrier actuel ne peut espérer dans le labeur qui lui fournit son salaire, les moyens de se bien porter, de posséder la musculature impeccable qui est, en quelque sorte « le baromètre de la santé », (car la belle forme corporelle est le reflet de la santé parfaite et du bon fonctionnement des organes internes, dit le professeur Desbonnet).
La femme, non plus, n’est pas exempte des déformations physiques.
Employée ou ouvrière, elle est victime, de même que l’homme, de la spécialisation, et avec elle de l’inaction de certains groupes musculaires. Chez elle, non plus, les dos ronds ne sont pas rares. Et les dactylos ont presque toutes une épaule plus haute que l’autre.
Celle qui reste dans son intérieur n’échappe guère pour celà aux déviations corporelles. Car ce ne sont pas les lourdes charges du retour du marché, et portées toujours du même bras parce qu’il est le plus fort, qui peuvent lui assurer un développement harmonieux. Au contraire ! Combien de colonnes vertébrales déviées, de hanches asymétriques trouvent là leur origine. Et les lavages de la cuisine, le cirage des parquets où le dos est arrondi, les épaules en avant, ne sont pas faits pour ouvrir les poitrines et rejeter les omoplates en arrière.
Seulement, hélas, dans tous les milieux, le sexe charmant est plus préoccupé de toilette que de santé.
Et si nous ne craignions d’allonger indéfiniment le cadre de cette étude, nous pourrions nous pencher à tour de rôle sur toutes les classes de la société, comme sur toutes les corporations : nous y trouverions sans peine la preuve que partout chez les uns ou les autres, quels que soient le sexe ou l’âge, la profession ou le métier, de la plus tendre enfance, à l'âge le plus avancé, la culture physique est maintenant d'une absolue nécessité.
C’est elle, et elle seule —-on ne le redira jamais assez — qui donnera au corps sa forme parfaite, en tendant par des exercices appropriés à la ramener vers cette beauté classique dont nous allons admirer les chefs-d’œuvre dans les musées, parmi les magnifiques figures que nous a laissées la statuaire grecque,
(Nous disons culture physique et non sport car, ainsi que nous l’expliquons plus loin, le but de chacun est différent. L’une est un devoir envers le corps, l’autre une distraction, un plaisir).
Mais, comme des inconscients, la majorité de nos contemporains ne songe pas à établir d’analogie entre leur corps et ceux ciselés dans le marbre ou la pierre. Aidés des artifices de la mode, ils, masquent leur laideur. Ils ne se doutent pas que des lignes pareilles peuvent s’obtenir, que les statues venues de l’Hellade ne représentaient pas seulement quelques types exceptionnels de gladiateurs ou de vainqueurs olympiques. Tous, à cet époque, pratiquaient les exercices physiques, fréquentaient les gymnases où, sous la direction des philosophes les plus éminents, ils entraînaient leur corps en meublant leur esprit.
Et cette gymnastique, cette culture du corps que sauf de rares exceptions, le travailleur manuel n’arrive pas à pratiquer au cours de sa vie d’ouvrier, n’a pas pour seul but de modeler un gabarit impeccable des formes extérieures. L’intérieur aussi en retirera un immense bénéfice. Les organes : cœur, poumons, estomac, intestins, etc… retrouveront de la vigueur ; les os, mieux maintenus, reprendront leur place, tous accompliront les fonctions qui doivent leur être naturelles.
Et, une fois de plus, il faut le redire, beauté et santé sont synonymes. On ne saurait les séparer. Ces deux termes constituent l’harmonie du, corps. Les vétérinaires, les éleveurs, les maquignons constatent de suite l’état des animaux par leur format. Si une déchéance organique se produit, elle se traduit par l’affaiblissement d’une partie du corps. « Telle forme, telle santé », dit encore le professeur Desbonnet.
Ce sera donc un « leit motiv » que nous ne nous lasserons pas de répéter. Car là, et là seulement, est la vérité. Finies les pilules, les drogues : l’exercice méthodique et mesuré suffit à tout.
Certains avaient pensé à remédier à leur immobilité forcée durant les longues heures de leur journée, par des moyens de fortune.
Une petite promenade quotidienne, le jardinage dans un bout de terrain de banlieue, ont paru à beaucoup de citadins un antidote suffisant à la vie antihygiénique qu’ils mènent continuellement. Comme il faut déchanter ! Ni le footing, d’ailleurs accompli généralement à allure trop lente, sur des distances ou trop courtes ou trop longues, ni le fait de bêcher quelques mètres carrés d’un espace plus ou moins stérile, ne seront jamais capables de redonner à un corps fatigué par l’atavisme, par des années de paresse physique, par des habitudes antinaturelles au premier chef son modelé, sa vigueur et sa santé. Le croire serait une folie ; nous allons le démontrer. La marche, sauf à allure excessivement vive, (où même alors elle reste toujours inférieure à la course), n’a sur la respiration et la circulation qu’une action, sinon nulle, du moins tellement faible, que ce moyen ne peut guère être considéré que comme un délassement des jours de repos, une façon de se dérouiller les jambes de temps à autre, d’aller visiter telle curiosité peu éloignée. Même sur les muscles des jambes la marche est à peu près inopérante. Son action est inexistante sur le reste du corps. D’autre part, certains « bouffent » des kilomètres, passant ainsi de Charybde en Scylla, et d’un excès à l’autre, de la paresse physique à une fatigue excessive en rapport avec l’action obtenue en faveur de la santé. Il n’entre pas dans nos vues de proscrire la marche, exercice agréable dont J.-J. Rousseau a vanté le charme. La promenade soit dominicale, soit au cours des vacances, présente mille agréments. Un peu de marche pour aller au travail ou en revenir, ne peut offrir que des avantages. Entr’autres, celui d’échapper parfois à la cherté, à l’incommodité des véhicules malsains dont nous sommes encore gratifiés. Le jardinage — comme la marche — ne donne au point-de-vue musculaire que bien peu de bénéfice. Là aussi, comme dans un métier ou une compétition sportive, le souci de prendre un peu d’exercice est vite remplacé par celui de faire sortir du sol souvent pauvre de nos banlieues, quelques fleurs anémiques, quelques légumes dégénérés. Vouloir ramener à ces pratiques innocentes le développement, le relèvement de la race, est une bonne plaisanterie. Ce n’est rien de plus : autant donner un morceau de sucre à quelqu’un qui n’a pas mangé depuis 8 jours Dans l’état actuel de la société, avec ses tares, ses maladies, sa dégénérescence, seul un moyen s’offre à nous d’acquérir une santé meilleure, de préparer les adolescents à être les hommes et les femmes de demain, forts, sains, solides et beaux, capables d’obtenir, par la suite, des enfants plus robustes, mieux venus que ceux que nous rencontrons actuellement sur notre chemin.
C’est et ce ne peut être que l’exercice raisonné, pratiqué uniquement dans le but de se mieux porter, d’être plus vigoureux, plus résistant.
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