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Il existe différents Yogas, dont chacun correspond à un aspect de la nature humaine. Tout compte fait, les diverses formes de Yoga se présentent comme des paliers successifs, le plus élevé étant le Raja-Yoga ou Yoga Royal, apanage de très peu de grands maîtres.

Chaque Yoga comporte huit plans, suivant une gradation dénommée Ashtanga, autrement dit: sentier octuple. Il s'agit de deux plans d'ordre moral, de trois plans psycho-physiques et de trois plans à base intellectuelle. I) Plan moral (2 Angas) 1. Yama ou les cinq abstinences. 2. Niyama ou les cinq observances. II) Plan psycho-physique (3 Angas) 3. Asanas ou postures. 4. Prânâyâma ou contrôle de la respiration. 5. Pratyâhâra ou abstraction des sens, avec Ekâgratâ ou concen- tration des sens en un seul point. III) Plan mental (3 Angas) ou Samyama, en trois paliers 6. Dhâranâ ou concentration de la pensée. 7. Dhyâna ou méditation active sur l'essence même de l'objet. 8. Samâdhi, contemplation ou extase active, « identification totale ». Plan moral Yama ou les cinq abstinences Il s'agit de cinq préceptes négatifs qui s'appliquent aux actes, aux intentions, aux paroles. 26 Objectif: l'impossible! la 1. Ahimsa ou principe de non-violence physique, morale et intel- lectuelle: il ne faut nuire à aucun être, même ennemi; ni nature. Il convient d'éviter les toxiques et d'adopter le végéta- risme ou, mieux encore, le régime céréalien. L'Hindou, très tolérant, spécifie toutefois que l'Occidental peut s'en tenir à ses habitudes, pour autant qu'il se modère et qu'il sache pratiquer le jeûne de temps à autre (Upasana). 2. Satyam ou véracité: s'abstenir de toute forme de mensonge élimine la peur. (La devise de la République indienne est : « Satya- meva jayate», qui signifie : La vérité seule triomphe.) 3. Asteya ou justice: il faut s'abstenir de toute injustice en rendant ou en laissant à chacun ce qu'il mérite. 4. Brahmacharya ou chasteté de pensée et de fait : les règles varient selon les sectes. 5. Aparigraha ou pauvreté : il importe de se détacher des biens terrestres, de refuser les cadeaux offerts car c'est le désir de propriété, la cupidité, qui sont à l'origine de nos malheurs. Ce complet désintéressement a été appliqué par le Mahatma Gandhi et il l'était également par le successeur de M. Nehru, M. Shastri. Certains moines, parmi les jaïnistes notamment, poussent l'excès de cette abstinence jusqu'à s'en aller «< vêtus comme le vent… » Niyama ou les cinq observances 1. Shausha ou propreté externe (ablutions fréquentes) et interne (comprenant six pratiques purifiantes ou Shatkriya): il ne s'agit nullement de se livrer au péché de coquetterie, mais bien d'ob- server une hygiène rigoureuse. Pourtant, certaines sectes ne s'en préoccupent guère, afin de marquer leur mépris à l'égard de l'enveloppe charnelle. 2. Santosha ou contentement: il convient d'accepter ce que cha- que jour nous réserve, sans se préoccuper du lendemain et sans dépense vaine, afin de ne point entamer le potentiel de l'énergie. 3. Tapas ou «< chaleur » : l'ardeur ascétique permet d'atteindre l'objectif, l'entraînement à braver le froid et la chaleur. La pratique du silence (Mauna), un jour par semaine ou quelques heures par jour, s'impose. Svaayaya ou lecture spirituelle: il s'agit de la récitation ryth- mée, dans le recueillement, de formules sacrées (Japa) ou de textes choisis. 5. Ishvaraprâvidhana ou don de soi à Dieu : Ishvara, le Seigneur, est le Dieu personnel suprême du yogin; on lui fait don de sa force vitale, mais il conviendra de le dépasser pour atteindre l'absolu Brahman par l'enstase ou Samâdhi (voir 9e Anga). Yoga et Hindous 27 Plan psycho-physique Conditionné par les abstinences et les observances qui précè- dent, il doit être permis d'entamer la pratique de trois séries d'exercices (postures, respirations et abstractions des sens) qui, s'ils ressortissent principalement au Yoga physique ou Hatha- Yoga le moins noble - n'en sont pas moins indispensables. Ils se complètent par une série, fort prisée en Inde, désignée sous le nom de Suryanamaskar ou : la salutation au soleil. Asanas ou les postures Asana signifie siège ou pose. Nous analyserons les postures méticuleusement. D'aucuns les divisent en corporelles (pour maintenir la forme physique) et méditatives. Quant aux profanes, ils tendent à les considérer comme des acrobaties insolites et artificielles, alors que la pratique des poses procure un grand équilibre, éminemment favorable aux entreprises intellectuelles. Nous distinguerons dans notre analyse: - les Asanas ou postures proprement dites; - les Mudras ou gestes; - les Bandhas ou contractions musculaires. Nous donnerons leurs variantes en établissant une parenthèse pour la série de Suryanamaskar ou Salutation au soleil. Pranayama ou le contrôle de la respiration Contrôler notre respiration, la rendre régulière et complète, c'est prendre conscience et jouir pleinement du Prâna ou souffle vital; c'est calmer le corps et normaliser ses fonctions essentiel- les: respiration, digestion, circulation, influx nerveux. Tout en rendant cette respiration intégrale, le Yoga tend à réduire les 21 600 respirations effectuées en une journée normale car il a été révélé que la respiration accélérée abrège l'existence : le chien respire 50 400 fois par jour et vit en moyenne une douzaine d'années; le cheval respire en moyenne quotidiennement 29 000 fois pour 25 ans d'existence; la tortue vit plus d'un siècle avec ses 8 200 respirations journalières; un certain serpent originaire de l'Inde respire 4 320 fois en vingt-quatre heures. Pour atteindre un niveau de concentration appréciable il faut arriver à vaincre les «< chatoiements des sens internes et exter- nes » et il convient de dresser l'afflux désordonné de leurs informations. La technique du Trâtak ou fixation d'un seul point (Ekâgrata), ou d'un endroit du corps, permet une concentration aisée. Il s'agit en fait de libérer la conscience des sollicitations extérieures, ce qui nous mène au seuil de la concentration pure, que bien peu atteignent, notre folle existence actuelle ne s'ac- commodant guère de la méditation. Nous serons concis en ce qui concerne les trois stades du Samyama qui conduisent à l'extase. Plan mental ou intellectuel Pour gravir les trois paliers qui donnent accès à l'extase par la pratique de Samyama (équilibre de l'esprit, direction de la con- science), un maître, ou Guru, de qualité et de probité est recommandé. Ces trois paliers se nomment : Dharânâ, ou concentration de la pensée Le cinquième Anga, par l'abstraction des sens, a préparé la voie. Dégagé des distractions sollicitées de l'extérieur (lieu isolé, temps recherché, tenue appropriée, posture assise aisée), le corps n'est plus un obstacle pour la faculté de concentration de l'esprit, qui pourra donc, non plus se fixer sur un objet concret, mais sur une pensée, une image, une notion ou même sur l'Absolu. Dhyâna, ou méditation sur l'essence de l'objet Centré dans le point focal déterminé par la Dhâranâ au stade précédent, le germe de la méditation va s'épanouir en une pensée ininterrompue: comme l'huile coulant d'une jarre. Samâdhi, ou contemplation, extase active; mieux : enstase totale L'esprit n'est point ici la victime d'une extase passive, d'une quelconque obsession; au contraire, il dirige son enstase qui est dérable et il la fera progresser à travers les six roues vitales (Chakras) jusqu'au cerveau. Ainsi, il prendra conscience totale de son être et, par sa fusion absolue avec l'Univers, il occupera désormais la place qui lui revient dans la création. On peut vouloir davantage comprendre les êtres et les choses intellectuellement et philosophiquement par l'étude et la pratique continue de la méditation. C'est la pratique du Yoga de la connaissance ou Jnâna-Yoga. Aux seuls yogins d'élite est réservé le Râja-Yoga, la voie royale, uniquement accessible aux ascètes dotés d'une sagesse profonde et d'une vertu à toute épreuve. L'approche morale du Yoga Nous l'avons précisé, le Yoga est surtout un état d'esprit. Il s'acquiert sous certaines conditions, par la pratique constante: - de la non-violence (théorie de l'Ahimsâ) qui stipule de ne point causer de souffrance à autrui, ni à tout être vivant, ni même aux objets qui nous paraissent inanimés, aussi bien en paroles, qu'en pensées et en actes. Par cette seule doctrine de la non-violence, appliquée à l'échelle nationale, le Mahatma Gandhi libéra son pays tout entier ; - de la pureté corporelle, en premier lieu (les Hindous portent un véritable culte à la propreté physique), de la pureté inté- rieure qu'entraîne progressivement la purification de soi; elle exige, en outre, le respect des convictions d'autrui ; - du détachement de l'aspect extérieur des choses, de la dissi- pation des illusions : l'essentiel est de parvenir à regarder l'exis- tence en face et à lever progressivement les voiles d'ignorance qui la recouvre. L'approche diététique du Yoga Ne soyez point effrayés, des règles draconiennes ne vont point vous être imposées. Vous êtes carnivore? Tant pis, continuez! Végétarien ? Continuez ! Céréalien ? Félicitations! Restez ce que vous êtes, si vous y tenez vraiment. Seulement il s'agira de changer la façon de vous nourrir et, dans certains cas, il vous 32 Objectif: l'impossible! faudra surveiller la quantité d'aliments absorbés. En Yoga, la diététique comporte d'ailleurs une règle inéluc- table: le respect. Ce respect du repas introduit en nous la notion de silence (extérieur d'abord, intérieur ensuite et ce silence intérieur est capital en Yoga!) Nous vous dirons, en son temps, comment vous concentrer sur votre respiration et sur vos Asa- nas; dès à présent, exercez-vous à accorder toute votre attention aux repas que vous absorbez car vous parviendrez ainsi à calmer votre agitation intérieure et à éliminer ce qui trouble votre affectivité. Au fond chacun de vos repas devrait être un rituel : lorsque vous mangez, veillez à n'avoir pas l'esprit ailleurs, mastiquez votre nourriture en sachant ce que vous faites. En Yoga, chaque geste sollicite l'attention, mais jamais la crispation. Rappelons une fois de plus que le Yoga étant un état d'esprit qui doit germer de l'ensemble des milliers d'actions de la vie quotidienne, le repas, qui fait partie de l'existence de tous les jours, exige lui aussi, un état d'esprit particulier. Ceci établi, il est évident que la diététique proprement dite est excellente pour la santé et nous aurons l'occasion d'y revenir. Sans vous parler ici de la mastica- tion, de la composition de vos menus, notez bien ces recomman- dations: - ralentissez le rythme de vos repas; - faites silence durant les repas ; - éliminez impitoyablement radio, télévision et toutes autres sources d'agitation qui pourraient accaparer votre attention, tout entière requise à la table. Une chose importante encore: apprenez, en mangeant, à vous ménager des temps morts. Déposez lentement, consciemment, votre couteau et votre fourchette, pendant une minute; poursui- vez votre mastication en silence. Ceci n'a rien d'un « rite » qui vous pourrait sembler ridicule; il s'agit là seulement d'un moyen destiné à tirer le maximum de votre repas. En respectant ces conseils, il ne vous sera pas nécessaire de vous limiter, comme le fait le yogin hindou, à des repas stricte- ment végétariens, encore que vous y trouveriez grand profit. La « façon » de manger Avant de modifier quoi que ce soit à votre régime alimentaire, il est certainement plus urgent de changer la « façon » de manger

Objectif: l'impossible 33 et la quantité. C'est ici que les théories du Hatha-Yoga retrou- vent toute leur efficacité. La première règle est la nécessité absolue de mastiquer les aliments, de les triturer et de les imbiber de salive jusqu'à ce que toute saveur ait disparu, jusqu'à ce qu'ils aient fondu dans la bouche. Le régime alimentaire le plus parfait n'est d'aucune utilité si cette condition primordiale n'est pas respectée. Cela peut paraître très simple de mastiquer convenablement des aliments, essayez toujours! La première bouchée se soumet à votre contrôle, la seconde également… Ensuite, le rythme habituel (pas le vôtre) reprendra le dessus. Pourquoi ? Votre main vous le dira! Voulez-vous réapprendre à manger? Déposez votre fourchette, ainsi que nous vous recom- mandions de le faire au chapitre consacré à l'approche de la diététique. Si vous la gardez en main, celle-ci obéira à l'impa- tience qui l'entraîne. Vos mains sont des antennes, les authenti- ques judokas le savent. Apprenez à les dominer, à vous les allier et tout ira bien pour vous. Une gymnastique spéciale de pause et de pose digitale s'indique, nous en reparlerons au chapitre des Mudras. Veillez donc à déposer le pain et les accessoires afin de vous permettre une meilleure prédigestion. La rééducation de la fonc- tion buccale peut être longue et ennuyeuse, mais le résultat vaut largement la peine que l'on se donne. Il faut s'astreindre à garder les aliments durant trente secondes avant de les avaler. Après une laborieuse mastication, il faut boire le bol alimentaire. A l'encontre : mastiquez vos boissons! Principe second: pas de surcharge et buvez peu ! Dans nos pays ou chaque inhalation d'air est humide, il ne faut point se conformer aux nécessités qui s'imposent dans les pays chauds où il est recommandé de boire une grande quantité chaque jour. La boisson idéale est évidemment l'eau, laquelle doit répondre aux principes généraux: être incolore, inodore et soumise à l'analyse en cas de doute. Evitez de boire trop aux repas. De toute façon : buvez après et jamais pendant les repas. Laissez l'eau séjourner pendant quel- ques secondes en bouche avant de déglutir. Trouvez votre rythme La pratique du Yoga exige un rythme personnel qui, par la même occasion, nous permet d'échapper aux fréquences artifi- 34. Le Yoga vu par les Hindous cielles qui nous sont infligées. Nous vivons dans une collectivité en laquelle la cadence est intimement liée à l'action. Chacun de nos actes possède, théori- quement, son rythme particulier et quand notre action est judi- cieusement adaptée à sa mesure, elle devient sinon reposante, du moins aisée, voire même agréable. Si, par contre, elle répond à un rythme discordant, son accomplissement devient difficile; elle est tendue, chaotique. Mêlés à la société, nous adoptons une vie quotidienne régie. par des usages, par des impératifs imposés et nous sommes astreints à respecter un code forcé. Nos heures de déjeuner et de diner sont établies à l'avance; nos heures de repos le sont également les heures de bureau nous rappellent à l'ordre chaque jour. Notre individualité se voit ainsi happée dans un réseau d'obligations impersonnelles qu'il nous plairait d'envoyer à tous les diables, sans pouvoir même le dire… parce qu'il faut bien vivre, ce qui nous oblige à adapter notre rythme naturel aux besoins de ces obligations qui sont, elles, parfaitement artificiel les. Si la société est une fourmilière, nous ne désirons pas devenir des fourmis : dans ce sens, le Yoga, école individuelle, nous propose un appui incomparable pour retrouver notre potentia- lité; il nous préserve de l'automatisme, de la «< robotisation », pour autant que nous puissions acquérir deux de ses qualités de base: l'aisance individuelle et la lenteur. Un des premiers entraînements est, par conséquent de s'obliger à être lent. Il y a parfaitement moyen d'accomplir une quantité de travail phénoménale, tout en gardant un « état d'esprit » de lenteur et de décontraction voulues. Si votre travail excède les normes, empêchez votre cerveau de prendre le mors aux dents. Ne devenez des automates à aucun prix: nous devenons des automates dès que notre mental se laisse happer par le tourbillon de la vie quotidienne; - nous demeurons des hommes conscients dès que nous parve- nons à dissocier notre mental des activités de notre corps, fussent-elles innombrables. Il convient d'éviter, absolument, que nos actions deviennent automatiques, que nos pensées et nos paroles soient irréfléchies. Un excellent entraînement consistera à prendre peu à peu conscience du moindre de nos gestes: porter un verre aux lèvres, gravir les marches d'un escalier, allumer une lampe de chevet. an Objectif: l'impossible 35 Nous vous conseillons de pratiquer, de temps à autre, la notion du « stop » : arrêtez un geste en cours d'exécution et prenez conscience de votre attitude momentanée, comme si vous étiez figé dans ce mouvement. Examinez alors la position de vos mains, de vos pieds, l'état des compressions, des extensions mus- culaires… Au seuil de la pratique Tout ce que nous venons de décrire sert de « terrain d'appro- che » du Yoga. Dès l'ébauche du premier geste en Yoga propre- ment dit, vous sentirez combien les Asanas doivent être prises en charge par votre esprit. Vous constaterez que, dès que vous vous concentrez sur une posture, sans effort, votre position devient naturellement lente, aisée, harmonieuse. Maintenant que vous voici au bord du Yoga, vous allez devoir travailler vos « poses », évidemment, mais vous devrez surtout travailler sur vous-même, vous devrez effectuer chaque jour des prises de conscience de votre corps et de votre esprit.

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