2. Domestiquer un ado sans casse (ou presque) Même si votre gamin s'était montré jusqu'ici plutôt bonne pâte, coopératif, pour ne pas dire un peu trop docile, avec la puberté et l'adolescence, tout change! Bouleversements hormonaux, irruption de la sexualité, crise d'identité, poids des autres (ses «< copains »), votre autorité en prend un coup. Et cela peut vite devenir un enfer si vous n'adoptez pas les bons réflexes. Mais chacun devant y mettre du sien, car on est une famille ou on ne l'est pas, les responsabilités doivent être un minimum partagées : c'est aussi aux ados d'élever leurs parents. Pourquoi c'est si compliqué avec un ado? Au moment de l'adolescence, votre gamin, qui n'en est déjà plus un, est à la recherche de ses propres valeurs et de son identité. Il a tendance à se détourner des valeurs que vous lui avez transmises pour trouver les siennes et peut se dresser contre toute pression qui lui donne le sentiment d'une restriction de sa liberté de pensée et d'action. Forcément, les réactions sont souvent excessives, parfois agressives, et il y a de quoi s'énerver (de part et d'autre). Comment apaiser autant que possible les échanges? D'abord, en prenant sur vous (c'est vous l'adulte), pour rester un soutien (attentif, compréhensif, bienveillant…), même quand vous n'approuvez pas tout ce que dit ou fait votre ado (ne le condamnez pas chaque fois que vous n'êtes pas d'accord). Ensuite, ne dramatisez pas ses excès: ils n'en seront que plus passagers. Comment faire pour que ce le soit moins? Avec un ado, les conflits sont inévitables, et même nécessaires, mais vos propres réactions peuvent les aggraver. Vous pouvez les normaliser en vous montrant à la fois plus compréhensif et plus ferme : . Ses problèmes sont compliqués, alors ne les sous-estimez pas et, surtout, ne lui donnez pas l'impression qu'ils n'ont pas d'importance. • Soyez compréhensif et dites-lui que vous concevez très bien qu'il a de nouvelles exigences. ⚫ Mais rappelez-lui régulièrement que vous avez aussi les vôtres. ⚫ Montrez-vous vigilant sur les points particulièrement sensibles : hygiène de vie, travail scolaire, rapports avec les autres… ⚫ Décrochez chaque fois que le ton monte un peu trop vite (de son côté ou du vôtre). Dès qu'on crie, on n'avance pas, on recule. • Quand vous avez une critique à lui faire, faites-le sur un point précis : ne remettez pas systématiquement en cause toute son attitude ou ses comportements. • Ne le harcelez pas (même si vous avez raison) : vous ne feriez que le braquer et ça risque de provoquer un blocage total et un rejet de ce que vous lui proposez de juste. • Ne négligez pas les plaintes sur les vêtements (« Il m'a dit que mon blouson était chelou »>). À cet âge-là, le look, ça compte terriblement. ⚫ Ne vous moquez surtout pas ; les ados sont très susceptibles et manquent presque toujours d'humour. ⚫ Mais ne cédez pas non plus à tous ses caprices vestimentaires. Parlez-en avec lui et décidez s'il faut le satisfaire ou non. . Ne stigmatisez pas ses goûts musicaux (« Qu'est-ce que c'est, cette musique de sauvage ? »), même quand ça vous arrache les oreilles. Le hard rock, le heavy metal, c'est un peu comme un rite de passage, surtout pour les garçons. En vieillissant, leurs goûts deviennent généralement plus raffinés. Alors, jouez les intéressés pour garder le contact. • Ne dites pas « oui » à tout. Films, vidéos, sorties, jeux, invitation de copains… Ne lui donnez pas l'impression qu'il peut faire ce qu'il veut quand il veut : c'est extrêmement insécurisant pour un ado. • Quand vous dites « non », dites-le avec affection et expliquez-lui pourquoi, sinon il prend ça comme une brimade. ⚫ Mais ne dites pas « non » à tout non plus : votre enfant doit pouvoir faire ses propres choix. . Quand vous n'êtes vraiment pas d'accord, prenez le temps de discuter avec lui pour le faire changer d'avis ou, pourquoi pas, pour en changer, vous. ⚫ Ne le traitez pas en adulte. Aussi grand que son père ou aussi femme que sa mère qu'il ou elle puisse être, il ou elle reste encore un enfant. Alors… La guerre des mondes Avec vous, votre enfant est un enfant ; avec les autres, c'est déjà presque un homme ou une femme. L'adolescence, c'est le moment où l'existence est constituée de deux blocs séparés, d'un côté : la famille, le lycée, les profs, les adultes, le système… De l'autre, lui et ses copains, ceux qui pensent, vivent et agissent comme lui. Deux mondes qui ne partagent pas les mêmes valeurs, ni les mêmes priorités, et qui s'affrontent, se livrent au mieux une guerre froide (chacun reste sur son territoire respectif), mais parfois, sinon souvent, entrent en conflit. Comment gérer le monde des copains (le sien) avec votre monde à vous (celui de tout le monde) ? Vous devez d'abord comprendre que son besoin d'appartenance à un groupe est naturel et légitime. Expliquez-lui que vous comprenez très bien que ses copains sont plus importants et prioritaires pour lui, mais que même si sa famille est devenue secondaire, ça reste sa famille: il doit continuer à s'en soucier un minimum. Expliquez-lui aussi qu'en faisant un effort pour mieux équilibrer temps de travail et temps des copains, à terme, il est toujours gagnant : vous lui facilitez d'autant plus la vie et il garde ses copains (au lieu de les perdre parce qu'il a redoublé, par exemple). Et gardez pour vous vos réflexions sur ses copains quand elles sont désagréables: il les prend automatiquement comme des critiques personnelles. En revanche, vous pouvez l'encourager (avec tact) à se montrer plus critique et discriminatif dans ses fréquentations. Le temps des pétards Votre ado, comme un ado sur trois, particulièrement si c'est un garçon, fume plus ou moins régulièrement des pétards. Vous pouvez faire comme si ça n'existait pas (les autres fument, pas le vôtre) et ignorer les mises en garde de l'école lors des réunions de parents d'élèves. Ça peut bien se passer, mais c'est risqué. Ou ne pas faire l'autruche et en parler avec lui pour l'aider à gérer au mieux le problème. Comment ? ⚫ Rappelez-lui que même si la consommation de cannabis est aujourd'hui très banalisée, elle est toujours illégale en France. • Ne lui faites pas un cours sur les dangers et les risques, il l'a déjà eu (en principe) à l'école et il en sait a priori plus que vous. Mais revenez régulièrement sur les inconvénients: sa concentration et son travail en pâtissent sur le moment, mais aussi dans les jours qui suivent, ça le détend, mais après, il se sent fatigué, déprimé et triste ou alors il devient susceptible et agressif. • Il n'est pas sensible à ces arguments ? Balancez-lui des coups bas. Faites-lui gentiment remarquer que le visage mou, les paupières lourdes, l'œil cocker, ce n'est pas franchement terrible en matière de séduction, l'idéal pour faire craquer les filles ou les garçons. ⚫ Évitez autant que possible les grandes déclarations de principe genre «< Il n'en est pas question! », « Je te l'interdis formellement ! ». Cela peut vous donner bonne conscience, vous avez l'impression d'avoir réglé le problème, mais au fond vous le poussez sous le tapis: il fumera en cachette. Et cela risque aussi de renforcer son besoin de transgression: il fumera encore plus. ⚫ Mais encouragez-le à réduire sa consommation, par exemple : jamais dans la semaine, dans la journée, en période d'examens…. • Inquiétez-vous s'il fume seul le soir dans sa chambre avant de se coucher. C'est un signe fort de mal-être. Vous devez parler avec lui de ce qui le préoccupe (problèmes familiaux, relationnels, scolaires…) et lui proposer de se faire aider, éventuellement par un tiers (médecin de famille, psy…). « Juste une cuillère ! » On s'est souvent fait avoir quand on était gamin. Une cuillère en amenant plusieurs autres, on finit par avaler plus de soupe qu'on en veut. Avec un ado, où on n'a rien à gagner et beaucoup à perdre en réclamant trop, ou pire en menaçant, en interdisant ou en faisant du chantage, cette technique du «< un-peu-c'est-mieux- que-rien » se révèle étonnamment efficace. Qu'il lève le pied sur les jeux vidéos, les mauvaises fréquentations ou tout simplement qu'il se mette au boulot, revoyez vos exigences à la baisse. Commencez par demander très peu ! Mettre fin à une addiction, prendre de bonnes résolutions, l'essentiel c'est de faire un premier pas. Ensuite, on se sent obligé de continuer. Comment communiquer avec votre ado? S'émancipant de votre autorité, votre ado est évidemment de plus en plus récalcitrant. Il ne fait plus les choses automatiquement parce que vous le lui demandez. Tout doit se négocier et les discussions virent souvent à l'aigre. Le risque étant que votre ado se replie sur lui-même, se réfugie dans son groupe (là où un peu d'alcool ou de pétards aidant, la vie est plus cool), ou encore sabote inconsciemment sa scolarité pour échapper à la pression. Bref, les difficultés et les chocs sont inévitables, mais vous pouvez considérablement les atténuer. ⚫ Relativisez les problèmes (au lieu de tout dramatiser) : il gardera mieux son calme. • Prenez le temps pour en parler calmement; évitez les explications « sauvages » (entre deux portes, à la suite d'un incident domestique…). • Objectivez les problèmes. Il doit consacrer du temps à ses études, c'est un fait. Moins vous en faites un problème affectif, moins il aura de réactions émotionnelles. ⚫ Chaque fois que vous abordez un problème, distinguez (pour vous comme pour lui) la teneur de ses conséquences: qu'est-ce que ça crée aujourd'hui, concrètement, qu'est-ce que ça peut provoquer plus tard ? • Ne cherchez pas à avoir à tout prix raison: vous ne jouez pas au «maillon le plus faible ». ⚫ Évitez les arguments simplistes, même s'ils sont vrais. Votre ado n'est pas un crétin, alors respectez son intelligence. • Prenez le temps de l'écouter et laissez-lui le temps de s'expliquer. • Diminuez votre débit de parole et il diminuera le sien. Comment bien élever ses parents? Parents gentils (trop ?), parents méchants, vous avez pioché (comme à la loterie) les parents que vous avez. La bonne nouvelle, c'est que, sauf à être tombé sur de dangereux psychopathes (rare), tous les parents sont pareils, malgré les particularismes : ils font leur possible tant bien que mal. A priori, ils ont plutôt de bonnes intentions, ils ne veulent que votre bien et ils font tout ce qu'il faut pour ça. Mais vous avez néanmoins souvent l'impression d'étouffer, de manquer de liberté. Est-ce un problème d'adaptation? Ils voient encore l'éducation comme il y a trente ans. Ou un problème de méthodes ? Ils n'emploient pas les bonnes avec vous. En tout cas, vous pouvez améliorer vos relations pour tirer le meilleur parti de vos parents et rendre la vie commune plus agréable pour tout le monde. Par exemple : ⚫ Je ne prends pas mes parents pour les tenanciers d'un hôtel. Je respecte les heures des repas et je ne débarque pas juste pour mettre les pieds sous la table, je participe (mettre la table, faire la vaisselle…), je préviens (à l'avance) quand je sors (et je rentre). ⚫ Je ne prends pas ma mère pour la femme de ménage (ni la femme de ménage pour ma mère). Je range et j'apporte quotidiennement ma contribution au panier de linge sale, je laisse la cuisine impec' quand j'invite des copains, je rends l'appart nickel après un squat… . Je n'oblige pas mes parents à jouer les gendarmes. Je remplis mes obligations et je leur montre qu'ils peuvent avoir confiance en moi. ⚫ Je ne prends pas ma mère ou mon père pour un distributeur automatique de billets. Je négocie mon argent de poche en fonction de mes besoins et de leurs moyens, et après je gère. Je ne réclame pas, ni directement ni en manipulant (en les montant l'un contre l'autre quand ils sont séparés par exemple). Je ne prends pas mes parents pour des amibes. Il est normal qu'ils s'inquiètent pour moi. Alors, je les rassure: non, je ne couche pas avec le premier venu (surtout si je ne suis plus vierge); non, je ne suis pas drogué (même s'il m'arrive de fumer un pet de temps en temps); non, je ne traîne pas avec de la racaille. Et si vous avez l'impression qu'ils vous mènent un peu trop la vie dure, le seul moyen de restaurer un semblant de communication et d'obtenir plus de leur part, c'est de « jouer leur jeu ». En évitant de vous mettre en tort, ce qui ne fait que les renforcer dans la rigueur, et en prenant des engagements pour obtenir une contrepartie. Bref, vous devez définir une sorte de charte parentale en quelques points (par écrit) et la leur faire accepter. Par exemple: Je m'engage à… Respecter les heures des repas, participer (faire des courses, la cuisine, mettre la table, débarrasser, faire la vaisselle…). Je vous demande de… Ne pas m'obliger à manger ce que je n'aime pas, ne pas m'imposer des plats en sauce (quand j'essaie péniblement de faire un petit régime). Je m'engage à… Faire ce que j'ai à faire (hygiène personnelle, travail scolaire…), vous montrer que vous pouvez avoir confiance en moi (je dis ce que je fais et je fais ce que je dis, je respecte mes promesses…). Je vous demande de… Ne pas sans arrêt me dire «< fais ci, fais pas ça »>, me traiter comme un gamin ou une gamine, me menacer, me faire des crises, du chantage affectif. Je m'engage à… Ne pas vous prendre pour des ringards. Quand j'ai un problème avec vous, j'en parle au lieu de faire la tête. Ne pas vous prendre non plus pour des crétins je ne vous raconterai pas de bobards. Si je fais une bêtise, je vous le dis avant que ça fasse un drame. Je vous demande de… Respecter mon intimité. Ne pas fouiller dans mes affaires, ne pas m'espionner, ne pas me demander d'infos sur ma vie amoureuse. Je m'engage à… Vous aimer et vous respecter. Vous êtes des êtres sensibles, vous avez des sentiments, vous vous inquiétez pour moi. Je vous informe : je donne de mes nouvelles quand je suis absent, je vous rappelle (dans la journée) quand vous me laissez un message sur mon portable. Je vous demande de… M'aimer et me respecter. Et surtout d'avoir confiance en moi.
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