Santé et beauté physique sont intimement liées

La vue de certains athlètes qui, quoique champions de leur spécialité, sont loin de posséder une anatomie en rapport avec les performances accomplies dans une seule branche sportive, peut inciter nombre de sportifs a négliger leur académie. D'autre part, comme nous allons le corps complètement recouvert de vêtements, certains défauts, certaines déviations, sont masqués par l’art du tailleur ou de la couturière. Aussi la grande majorité de nos contemporains n’accorde-t-elle à la forme de leur corps aucune attention. Tous les soins qualifiés « de beauté » sont réservés au visage ou aux mains, à ce qui est à découvert. Une hypocrisie inqualifiable fait mépriser le restant que les regards ne peuvent voir.

Mieux même, il semble que la mode prenne un malin plaisir à déformer le corps humain. Pourtant, ce dernier n’avait guère besoin de ce surcroît d'outrage. Ne voit-on pas, depuis quelques années, les femmes perchées sur de hauts talons, exhibant des jambes affreuses la plupart du temps, allant le ventre en avant, la poitrine rentrée, les seins supprimés, la tête baissée.

De cette manière, par cette tenue, elles facilitent les déviations de la colonne vertébrale. Les poitrines étriquées sont des nids tout préparés pour la tuberculose. Mais qu’importe? Est-ce qu’on pense à cela? Est-ce que les parents songent à donner à leurs enfants le goût de la beauté plastique, de la santé physique ? La beauté, tant glorifiée chez les Grecs, est ramenée chez nous à la limite d'une étoffe, à la forme d une robe, au choix d'un complet, à la couleur d’un chapeau.

Et l'on félicite des gens pour leur beauté, pour leur élégance, même si une tète ravissante est portée par un corps squelettique ou obèse, même si le dos est rond, les épaules asymétriques. C’est à croire que les mots, les conceptions du vrai, du beau, du sain, ont perdu leur sens à notre époque.

C’est un des buts de la Culture physique, et non le moins important, de redonner cette sensation, ce sentiment de satisfaction devant ce qui est à la fois beau et sain. De même que- l’on vibre intensément devant un bel effort athlétique, envol du sauteur, plongeon du nageur, dos se courbant sur les rames du « huit» de course, etc… de même ceux qui ont pris le goût de l’exercice - raisonné, acquièrent en même temps celui des belles lignes, des musculatures harmonisant le corps, soit au repos, soit en action, et créant ces pleins et ces ombres dans l'ensemble compose ces merveilles que nous admirons tant dans les chefs-d’œuvre des Musées. Là encore, c’est la culture physique seule qui peut arriver à un résultat tangible. Car elle seule milite vers ce but : la santé. Et ses adeptes, ses pratiquants savent que la santé est liée avec la beauté de façon absolument intime.

On perçoit mal en vérité, que la santé puisse se loger dans un thorax incurvé, aux omoplates décollées, au ventre ballonné, où tous les organes se chevauchent, se bousculent à qui mieux mieux. On la conçoit mal avec des membres frêles, ou au contraire semblables à des poteaux informes.

Et comme le culturiste effectue son entraînement, nu ou à peu près, comme il a l’occasion de se regarder pour constater ses progrès, il est amené à inspecter fréquemment l’état de sa musculature, de son corps, comme d’autres inspectent leurs oreilles ou leurs ongles.

En somme le culturiste accorde à tout son corps l’attention que la majorité ne réserve qu’à d’infimes parties.

Malgré tout, les malheureux qui n’ont pas encore compris ces vérités essentielles sentent confusément leur laideur. Ils répugnent à se dévêtir. De là cette pudibonderie étrange qui les saisit, lorsqu'ils sont obligés de se mettre nu. Les conseils de révision offrent de bien curieux spectacles ; et durant la guerre, les innombrables visites de récupérés nous firent assister à des scènes peu réjouissantes, encore que l’épouvante de gens de 30 à 40 ans à qui se révélait ainsi brusquement le spectacle de leur propre laideur ne manquât pas d’un certain comique.

Pourtant le jour où la beauté plastique sera de règle, où le laid sera méprisé, le règne de la culture physique s’établira, et la race sera du même coup sauvée. Alors, les statistiques de mortalité, de maladies épidémiques diminueront dans des proportions qui étonneront même ceux pour qui l’exercice physique n'est pas tout à fait aussi incompréhensible que le sanscrit ou le phénicien.

Car cela aussi, il faut le répéter. La beauté plastique est une source de santé. Et cette beauté n’est pas le privilège d’une race disparue, n’est pas uniquement réfugiée dans quelques marbres ou granits, témoins d’une époque où le corps recevait les soins auxquels il a droit.

Non, la beauté est à la portée de tous, de tous ceux qui la souhaitent et la veulent avec persévérance. Car tout entrainement répété chaque matin sera capable de la donner. Quelques mouvements d'une simplicité enfantine feront merveille sur les académies humaines. La culture physique sera le savant ciseau qui modèlera à nouveau, recréera la pureté et la noblesse des lignes.

Voilà ce qu’il faut savoir. Voilà encore une vérité première dont il faut se pénétrer :

Beauté est synonyme de santé et santé équivaut à moralité.

Car la culture physique mène à la moralité. Le culturiste fuit en effet les excès, pour éviter de porter atteinte à sa santé, à la beauté de son corps, à sa « forme ». Il sait trop le prix des efforts nécessaires pour arriver au développement physique pour gâcher celui-ci dans des plaisirs dégradants.

« La beauté pour un jeune homme, c’est d’avoir le corps entraîné aux fatigues, à la course et aux exercices de force et de présenter en même temps un aspect agréable. Les pratiquants du pentathle sont les plus beaux, étant propres à la fois aux exercices de vitesse et aux exercices de force… Le vieillard est beau quand il peut vaquer aux occupations indispensables, qu'il ne souffre pas et qu’il est épargné par les misères de l’âge».